Les surprises d’un mardi

“Cerrado los martes !”

Zut ! J’étais pourtant partie sur les chapeaux de roue, toute contente d’avoir découvert que le Musée d’art contemporain Reina Sofia offrait des approches très originales de sa collection :  des parcours thématiques à faire à son rythme (l’architecture, le féminisme, l’artiste en crise…), grâce à un petit matériel didactique offert.  Ma première visite dans ce grand musée ou j’avais abouti un peu par hasard m’avait enchantée. Cette deuxième visite, pourtant bien préparée, m’a frustrée. J’avais fouillé la veille le site à fond. J’aurais pu jeter un coup d’oeil sur les heures d’ouverture. Fermé le mardi !

Bon, pas grave. La gare d’Atocha se trouvant de l’autre côté de l’avenue, c’était l’occasion de la découvrir. Mais au moment où j’ai atteint le trottoir d’en face, le terrible attentat du 11 mars 2004 m’est revenu en mémoire : dix bombes en différents lieux de la ville, images de trains éventrés. Ce jour-là, à coup sûr, d’autres que moi avaient décidé de traverser le Paseo de la Reine Christine avec comme seul but de découvrir la gare  la plus célèbre d’Espagne et ont découvert…l’abjection du terrorisme. Rappel sidérant que le sort peut être cruel.

La restauration presque terminée de l’ancien hall de la gare a heureusement ressaisi mon attention . Exit les trains, bonjour les palmiers ! Et une légère déception : ce jardin de plantes vertes me faisait nettement moins rêver que des alignées de trains en partance pour l’inconnu. Pourquoi encombrer cette construction magnifiquement restaurée de toute cette verdure ? Elle obstrue le regard et rend difficilement perceptible le bel espace qui que déploie derrière la somptueuse verrière en dentelle de fer. Une envie de jardin d’hiver ? Après le vide, le trou noir du Jeudi 11 mars, les Madrilènes ont peut-être voulu de la nature, du renouveau. Qui sait ? Que sais-je ?

Mon après-midi n’était qu’entamée, j’ai décidé d’aller voir une exposition de photos intitulée “Fotógrafos. La voluntad de contar”. Je venais de lire de la plume du photographe espagnol Eduardo Momeñe (La visión fotográfica page 72-73) qu’une bonne photo nous touche, nous DIT quelque chose, mais qu’aucun objectif autre que RÉALISER UNE BONNE IMAGE ne peut occuper la première place. J’étais curieuse de voir les oeuvres de ces photographes qui ont la volonté de raconter.

Je me suis donc rendue au lieu de l’exposition : l’édifice de la Telefónica, sur la Gran Via. J’ai découvert la librairie au premier étage, l’histoire de la téléphonie au deuxième, des oeuvres au confluent de l’art et des sciences du vivant au troisième, et une splendide collection de tableaux cubistes au quatrième. Mais nulle trace de l’expo que je voulais voir. J’ai parcouru deux fois de haut en bas le très bel arbre-escalier qui relie les quatre étages ouverts au public, mais non, rien. Je me suis informée et on m’a fourni des explications très approximatives motivant la fermeture temporaire de l’exposition qui avait éveillé mon intérêt.

Décidément, une journée qui n’en fait qu’à sa tête ! Mais quelle riche journée ! J’ai même appris que la tour de la Telefónica, inaugurée en 1930, devait être considérée comme le premier gratte-ciel d’Europe.

Pour atteindre Puerta del Sol, j”ai dû plonger dans la foule jaune, noire et germanique qui encombrait la calle Fuencarral. La nuit tombait, je suis rentrée chez moi. J’espérais une nouvelle surprise, mais non : Mezut Özil a sauvé l’honneur du Real en égalisant le score à la 89e minute contre Borussia Dortmund. La ville est calme.

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