Passionnée de métro

Quand j’ai refermé mon roman, j’étais un peu secouée. Je l’avais acheté inocemment lors de mon dernier passage en Suisse. Un Nancy Houston, choisi à la va vite, pour son épaisseur. Depuis le temps que je m’étais promis de lire la célèbre épouse de Tzvetan Todorov ! Lui, c’est mon intérêt pour le structuralisme qui me l’avait fait connaître. Et mes trois années passées en Bulgarie, of course !

Metro SolMadrid se prête à la lecture. Je suis ici sans voiture, mais avec un abonnement mensuel de métro. Chaque fois que j’ajoute une course, le prix du trajet diminue, et le temps de lecture augmente. Alors j’abuse : j’oublie de sortir à la bonne station, je me trompe de direction, ou même de ligne. Et je lis un chapitre de plus.

En faisant la connaissance de Sol, le petit garçon pervers – pardon, perverti – de “Ligne de faille”, je ne m’attendais pas à remonter jusqu’en Pologne, jusqu’à ces blessures toujours purulentes de la deuxième guerre mondiale : les enfants au facies aryen volés pour les confier à des familles allemandes, les Polonais déplacés d’Ukraine en Silésie, c’est tous les jours que j’en entendais parler, c’est lors de chaque dérive en ville de Varsovie que je m’achoppais  aux questions traumatisantes laissées par ces années de cauchemar. Ce qui m’a plu, dans l’approche de Houston, c’est son refus de désigner des coupables. Une fine analyste de sa trempe ne divise pas le monde en bad et good guys. Les rapports entre les gens, les générations, les époques et les hasards, s’entremêlent pour former une toile dense et complexe dont les fils ne se dévident qu’imparfaitement. Le métro de Madrid m’a reconduite jusqu’au pays que je viens de quitter. A mon insu…

Metro Sevilla 31.12Les Madrilènes lisent beaucoup dans leur métro, et le virus est contagieux. J’ai même souhaité un Kindle pour mon Noël, afin d’être sûre de pouvoir emporter toute une bibliothèque lors de mes déplacements : un gros dictionnaire, un cours d’espagnol, des nouvelles, un roman classique. Mais c’est le plus souvent mon livre imprimé sur papier qui gagne la compétition. Quand je ne me laisse pas détourner par les publicités très sympathiques diffusées sur écran pour inciter les voyageurs…à prendre le métro.

Voyez cette vieille pub pour le métro de Madrid :  “There is a place in Madrid where you can move without limits”. Moi je dis : “Il y a des tunnels sous Madrid où mon imagination n’a pas de limites”. (-> voir)

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