Grains de sagesse, grains de folie

Qui saura manger ce soir 12 grains de raisin entre le premier et le douzième coup de minuit connaîtra 12 mois de chance l’année prochaine. Ainsi disent les Espagnols. 
 
Pour tous mes amis granivores, j’ai mijoté un menu varié. Ne picorez que les grains qui vous conviennent ! 
 
1. Un grain de poésie suffit à parfumer tout un siècle
2. Maint amoureux d’un grain de beauté commet l’erreur d’épouser la fille entière
3. Un grain de sagesse achève un fou parfait
4. On ne trouve guère un grand esprit qui n’ait un grain de folie
5. Veille toujours au grain
6. Un grain de gaité assaisonne tout 
7. L’amour conjugal se conserve avec un grain de haine
8. Ayez un grain, tout ira mieux
9. Que sait du désert celui qui ne regarde qu’un grain de sable ?
10. Ne jugez pas le grain de poivre d’après sa petite taille
11. Il faut croire aux étoiles, tes angoisses et tes tourments ne sont qu’un grain de sable, qu’une larme dans l’océan
12. Un grain vaut mieux que deux tu l’auras
2013
 
 
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Navidad

Madrid se joint à moi pour vous souhaiter un Joyeux Noël (cf)

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Olé, encore raté !

Mon oeil, le premier réveillé, fait l’appel.

Les bras ? Ils répondent. Les jambes ? Aussi. La tête ? Elle veut bien se tourner pour découvrir H à ma droite qui respire sagement dans un sommeil profond.

Un halo blanchâtre se glisse entre les lamelles de la chambre à coucher. Les milliers de lumières de la ville scintillent dans le brouillard matinal.

La Fin du Monde n’a pas eu lieu !  Comme le Professeur Calysse, les Mayas se sont gourés dans leurs calculs.

El AdvientoCe qui signifie qu’une journée à courir les magasins m’attend. Je ne suis pas mécontente, car j’avais fait le plus pénible avant la Fin du Monde : établir la liste des achats de Noël.

Une autre chose que je voulais absolument faire avant la date fatidique : voir le spectacle d’Israël Galván.

Une révélation ! Et quelle chance d’avoir pu piquer l’excellente place qu’un monsieur ronchonnant a très vite abandonnée !

Galván a le corps élancé et décharné des danseurs de flamenco qui ne semblent vivre que pour exprimer l’essentiel : les émotions.  Il part de la tradition de sa terre andalouse, du flamenco, pour le dépasser, l’enrichir, l’actualiser, afin de mieux exprimer tout ce qu’il a en lui : ” Quand je danse, je me sens fort. Le reste du temps, la vie me fait peur” (cf). Alors il danse pour nous dire que le souvenir des Gitans persécutés par les Nazis lui fait peur. D’un vieux piano en miettes qu’il ramène de la cour sur la scène (celui de Władek Szpilman ? ), il tire les cordes qui deviennent sa prison électrifiée…ou une portée de notes.  Aux sons d’une guitare exceptionnelle, Galván s’emmêle dans la barrière et ne connaît que la danse pour démêler le piège. Plus loin, il frappe de ses pieds incroyablement agiles les poteaux métalliques et durs des camps,  et parvient à leur soutirer la langue du flamenco. Vers la fin du spectacle, il gesticule dangereusement, autoritaire et crâne, autour d’un pylône, et fait du bourdon électrique son partenaire. Le son et l’homme s’affrontent dans un duo hallucinant, mais Galván dirige la danse et soumet l’ennemi.

Et des phrase en allemand sont lancées par le pianiste.

Et le chant splendide d’un compagnon d’infortune l’encourage et le console.

Et des femmes magnifiques partagent par endroit sa danse de survie. Sur les rythmes scandés par les camarades dispersés dans un désordre scénique.

Les quinze corps finissent enfermés derrière les planches des wagons de chemin de fer. Mais les âmes restent libres. Galván danse sa liberté et fait perdurer l’âme de l’Espagne dans le 3e Millénaire.

Non ce ce n’est pas la fin du monde si le flamenco ne se contente plus des robes à volants rouges. Oui c’est magnifique si le grand artiste andalou ajoute aux sons de la guitare les sons de la modernité.

Vous tous qui êtes sortis de la salle, je vous plains. C’est ça, occupez-vous plutôt de la Crise. Et soyez créatifs…

Leila“Tu sais maman, hier ce n’était pas le Fin du Monde, mais juste la fin de mon stage : mon dernier trajet Lausanne-Berne. Ouf ! “

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Le bon marché a son prix

la chicaLe stress du bagage à main ! Satanée jauge où doit passer la mallette ! Tant pis pour les petites valises : elles subissent les pires traitements. Au passage, une fermeture Eclair coince, une pochette s’arrache… Et gare, si la poignée télescopique se bloque ! C’est arrivé à la jeune fille qui me précédait. Elle en pleurait. Elle a essayé patiemment, pendant plusieurs minutes, de débloquer le système, puis a perdu tout contrôle et s’est mise à taper rageusement sur la poignée insoumise. Mais nenni ! Elle n’a même pas réussi à détruire la valise. La poignée a continué à faire l’antenne et la malheureuse en a eu pour 60€  de frais supplémentaires. Probablement plus que ce qu’elle a déboursé pour acheter son ticket. Les low cost se remplument comme ils peuvent et sans pitié. Tu n’as pas fait ton check-in en ligne ? C’est 15 €. Tu veux emmener une valise ? C’est 20€ si tu le dis à l’avance, 30 si je l’apprends à l’enregistrement. Et si ta mallette refuse de passer sous le dernier joug, à la porte d’embarquement, eh bien c’est 60€.

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Par les chemins improbables

40.34364725460885,-3.68516206741333_ClaraVous avez fait quoi, le premier week-end de décembre ? Moi, j’ai dérivé.

J’avais rendez-vous le samedi à 10h00 aux coordonnées 40.34364725460885,-3.68516206741333. Un lieu pas facile à trouver, très au sud de Madrid. Une rue qui a de nombreuses ramifications et encercle un quartier d’immeubles sans charme, habités par une communauté à dominance maghrébine. La banlieue, quoi.

Deriva_EdificiosJe suis arrivée une demi-heure en retard. Cinq personnes inconnues m’attendaient. Antonio a téléphoné pour dire qu’il tournait en rond, complètement perdu. Ça m’a soulagée. Ingrid, Javier, Clara, Alberto et Beatriz en étaient aux présentations. “Moi je travaillais pour la télévision”, a dit Javier. Et il a ajouté : “Une horreur”.

Quand Antonio nous a finalement rejoints, nous sommes partis dans le froid et le Deriva_Subcanalsoleil, une feuille de papier pliée en accordéon sous le bras. Et jusqu’à six heures du soir, nous avons sillonné la zone, sans autres directives que de changer de guide à chaque étape, de dessiner à chaque halte ce que bon nous semblait, et d’échanger ensuite nos feuilles comme des cadavres exquis. Cette promenade d’un genre différent nous a emmenés aux milieu de hauts immeubles impersonnels, sur la place animée d’un quartier plus ancien, à la porte Deriva_Baldíod’un centre commercial, au bord d’une autoroute à fort trafic, sur un très vaste terrain vague, par un sous-voie envahi de tagueurs à l’oeuvre, le long d’une rivière polluée, à proximité de la morgue Tanatorium M40, aux abords d’une station d’épuration, sur une colline habitée par des perroquets sauvages, et dans une cantine ouvrière.

Des lieux dont ne parlent même pas les guides les plus alternatifs. Des lieux pourtant plus Deriva_Vía de ferrocarril_Antonioinspirants que la Puerta del Sol.

Clara, notre rassembleuse, a fait de la dérive un style de vie. Elle vient de publier un petit libre couvert de dessins assez naïfs,  réalisés au feutre noir : La Guía de las rutas inciertas.  A la troisième étape, elle s’est approchée de moi :  “¿Que signífica por te la palabra deriva ?”

Deriva_San FerminDérive ? C’est un mot négatif. Les êtres à la dérive inspirent de la pitié. Ils sont perdus, n’ont pas d’objectif, se laissent emporter sans résistance par n’importe quel courant. Mais c’est aussi un formidable moyen de booster la créativité, de s’écarter des ornières et de découvrir l’insoupçonné.

La pratique de la dérive a depuis longtemps ses théoriciens. Pour preuve : cet extrait d’un article paru en 1956 dans la revue Lèvres nues  :  “Une ou plusieurs personnes se livrant à la dérive renoncent, pour une durée plus ou moins longue, aux raisons de se déplacer et d’agir qu’elles se connaissent généralement, aux relations, aux travaux et aux loisirs qui leur sont propres, pour se laisser aller aux sollicitations du terrain et des rencontres qui y correspondent“. Les résultats très variés de cette exploration non conventionnelle de la Terre (et de soi ?) alimentent aujourd’hui de nombreux blogs. Cherchez, vous aurez de belles surprises.

Le dimanche matin, nous nous sommes tous retrouvés dans une salle de classe. Jusqu’à six heures du soir, chacun a “fait quelque chose” de son carton en accordéon et des photos capturées en chemin. Un exercice prenant, qui nous confronte avec cette évidence que chaque existence est une dérive plus ou moins contrôlée, une aventure qui mène vers plus ou moins d’inconnu. J’aime bien ce que j’ai réalisé.

Le soir, nous avons dû présenter notre démarche devant la classe. J’ai pris courageusement mon tour. J’ai expliqué de mon mieux tout ce que cette expérience m’avait apporté, et pris la ferme résolution…de consacrer une demi-heure quotidienne à l’apprentissage de l’espagnol.

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Katia

Katia, elle te dit des choses comme : “Il paraît que je parle trop”. Elle te dit aussi : “Il faut prendre soin de ton couple, les enfants passent ensuite”.

Katia, elle a probablement déjeuné avec tous les rois d’Espagne, et couru les boutiques avec toutes leurs épouses et maîtresses. Elle aime réciter, comme une poésie de Prévert, la liste de ceux et celles qui ont mené le pays à travers l’Histoire, et ajoute des commentaires : “Lui, c’était un dégénéré mental ; elle, elle couchait avec toute la Cour”. Katia, elle a des éclairs dans les yeux quand elle nous guide,  très élégante, par les rues de Madrid. Et préfèrerait ne jamais s’arrêter : “Eclipsez-vous si vous en avez assez”.

Katia, je la connais à peine.

seguir la guíaJe l’ai suivie trois fois, avec une vingtaine d’autres Madrid-Accueillies. Sa passion communicative pour ce pays dont elle a épousé un Sánchez la rend très attachante. Katia aime qu’on l’écoute et excelle dans l’art d’être écoutée : elle connaît très bien ses sujets, cherche le contact avec son public, et glisse à dose homéopathique des anecdotes personnelles : ” J’ai tout de suite compris que c’était un impair de porter un chapeau dans ces circonstances. Mais trop tard : tous les invités m’avait vue, il fallait assumer. ”

Cette attitude me plaît.

Parfois, Katia donne des conférences. Trois heures et demie, sans pause, sur la Guerre Civile. Merci Katia d’avoir dénoué pour moi les fils compliqués de cet épisode tragique. A travers ta voix, toute une galerie de personnages aux noms pour la plupart inconnus se sont animés, se sont disputés, ont hurlé leur revendications ou leurs menaces, se sont battus, étripés, pour laisser aux bons soins du Caudillo une Espagne ruinée.

– Katia, tu vas nous présenter le franquisme, la prochaine fois ?

– Non, le franquisme ne m’intéresse pas.

Pour 2€, Katia m’apporte des pans d’Espagne. Des pans choisis par passion.

Bécaud a croisé une Nathalie à Moscou, moi une Katia à Madrid. C’est ça, avoir de la chance.

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Interroger la rue

N.B. Depuis hier, une nouvelle page se trouve sur ce blog : les mots du jour. 

Je suis descendue dans ma rue, curieuse de faire de nouvelles connaissances.

Riche idée ! En moins d’une heure j’ai croisé : un révolutionnaire, un alcade, un écrivain, un peintre et un cartographe.

Seul le nom du peintre m’était connu. Et pour cause : toutes les peintures et photos d’hommes seuls face à la violence des fusils font écho à son “El Tres de Mayo 1808 en Madrid“, sa toile la plus célèbre, considérée comme “une des premières oeuvres de l’art dit contemporain”. Voyez “L’exécution de Maximilien” de Manet, ou “La mort d’un milicien” de Robert Capa, ce ne sont que des variations de la toile percutante de Francisco de Goya. Cette oeuvre symbolise désormais les horreurs de la guerre et est constamment reprise, très souvent imitée.

J’ai cherché à savoir qui étaient les autres fantômes croisés dans mon quartier et découvert que Ramon de la Cruz était un homme de lettres dont la route a sans cesse croisé celle de Goya, puisque les deux hommes étaient très amis. Mais le plan de Madrid ne reflète pas cet état de fait : les deux rues en leur honneur courent parallèlement, à distance de trois blocs, sans jamais se rencontrer.

C’est Don Nicolás de Peñalver qui m’a permis de passer de l’un à l’autre. Ce comte a été trois fois maire de Madrid, à la fin du 19e siècle. On a nommé une rue en son honneur afin que reste dans les mémoires son soutien inconditionnel au projet d’ouverture de la Gran Via. Emporté trop tôt par le typhus, l’alcade n’aura même pas assisté à l’inauguration du premier tronçon, en 1924. J’espère au moins qu’il aura bien ri au spectacle de la zarzuela “Gran Via” composée par Federico Chueca. Au début de cette opérette, toutes les rues concernées par le projet se réunissent pour discuter de la naissance prochaine de la prestigieuse artère ! Une oeuvre qui en son temps a attiré un monde fou. Comme aujourd’hui la splendide Gran Via.

Je suis ensuite tombée sur Manuel Becerra. Si un rond-point porte son nom, c’est probablement parce que ce franc-maçon avait des idées révolutionnaires. Elles l’ont envoyé à plusieurs reprises en prison, et même en exil. Pas découragé pour autant, Manuel a attendu que son heure sonne. Son obstination a fini par payer : en 1868 Isabelle II a été chassée du trône, sous prétexte qu’elle menait une vie trop scandaleuse. Dans cette Espagne chaotique de la fin du siècle, des gouvernements instables et variés se sont succédés, mais ont très régulièrement offert à notre libéral un portefeuille de ministre.

Juste avant de rentrer chez moi,  j’ai encore découvert Tomás Lopez, gratifié d’une rue minuscule juste derrière mon immeuble. Je pense que le plus ancien des fantômes croisés au cours de ma promenade aurait approuvé ma manière de reconstruire l’histoire locale au fil des noms glanés dans les rues. Cartographe de profession, il avait été nommé en 1787 “géographe des domaines de sa Majesté” par le grand roi Carlos III. Sa méthode de travailler était pour le moins curieuse : il envoyait des questionnaires aux curés et tâchait de dessiner des cartes du pays sur la base des descriptions et croquis qu’il recevait en retour. Son travail n’a guère convaincu. Tous ses plans de Madrid, en particulier, ont été détruits. De son vivant !

Avoir une rue à son nom !

Moi j’ai appris la semaine dernière que j’ai désormais un tout petit hôtel à mon nom, sur l’île de Cuba. Une histoire étonnante. De passage à Trinidad en 1998, nous y avions rencontré un dentiste incapable de travailler car l’hôpital qui l’employait ne recevait plus d’amalgame depuis des mois. Il nous a invités à dormir chez lui et le lendemain – dénoncé par les voisins – la milice l’a emmené aux petites heures. Afin de lui éviter la prison, nous avons prétendu que nous étions ses amis depuis toujours. Nous sommes repartis, avons échangé quelques cartes postales, puis nous sommes perdus de vue. Le dentiste et sa femme ont fini par nous retrouver, par des chemins très compliqués, pour nous annoncer qu’après notre passage ils avaient décidé de se lancer dans l’hôtellerie et avaient donné mon nom à leur maison, transformée en guesthouse. Gustavo est un cuisinier remarquable !

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